Ni Shah ni Mollah — Soutiens du régime iranien, hors de nos luttes !

Le 14 mars 2026, un cortège arborant drapeaux de la République islamique d’Iran et portraits de Khamenei défilait à Paris, Bordeaux, Lille, Bruxelles — dans des manifestations se réclamant de l’antiracisme et de l’antifascisme. Cette présence n’est pas un accident. Elle est l’aboutissement logique d’une dérive campiste qui, sous couvert d’anti-impérialisme, a progressivement intégré dans nos espaces les soutiens d’un régime tyrannique, sexiste, antisémite, bourreau de son propre peuple. Il est temps de le dire clairement : les soutiens du régime iranien n’ont pas leur place dans nos luttes.

14 mars 2026 : quand les drapeaux de la République Islamique d’Iran flottent dans nos manifs

Ce samedi 14 mars 2026, des manifestations avaient lieu dans plusieurs villes de France dans le cadre de la Marche des Solidarités pour combattre « le racisme, le fascisme, les violences policières, les crimes d’Etat, pour l’égalité des droits et la solidarité«  (cf appel de Marche des Solidarités).

Et pourtant, à Paris, un cortège structuré, encadré d’un important service d’ordre, défilait drapeaux de la République islamique d’Iran et portraits de Khamenei bien en vueà la gloire d’un régime raciste envers ses minorités kurdes, baloutches, azéries et arabes ; fasciste dans son organisation théocratique et sa répression de toute dissidence ; responsable de violences policières et de crimes d’État contre ses propres manifestant·es par dizaines de milliers ; qui persécute les femmes, les personnes LGBTQ+, …

Shahin Hazamy, militant pro-régime iranien loin d’être blacklisté « à gauche »

Ce cortège était mené par Shahin Hazamy, militant pro-régime iranien notoire, qui fait quasi-quotidiennement l’éloge de la République islamique et du Hezbollah sur les réseaux sociaux. Entre autres éléments parlants, notons par exemple que Shahin Hazamy posait fièrement aux côtés du militant antisémite et suprémaciste Kemi Seba, au ministère des affaires étrangères de Téhéran en 2023 et qu’il a assisté, aux funérailles d’Hassan Nasrallah, ancien secrétaire général du Hezbollah, en février 2025. Plus récemment, il a affiché à de multiples reprises son soutien total à la répression sanglante des manifestations populaires en Iran (qu’il qualifiait d’ « émeutes organisées par le Mossad ») par le régime islamique en janvier 2026.

Mais Shahin Hazamy, n’est pas un militant pro-Mollah isolé dans « notre milieu ». Comme le rappelait en janvier 2026 le compte @VontBien sur X, il a plusieurs fois collaboré avec la LJR, la Cause du Peuple, le Comité pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah, la Jeune Garde ou la FSE. On le retrouvait par ailleurs en juin 2025 à la Bourse du Travail de Paris, invité à un meeting aux côtés d’Urgence Palestine, de la Jeune Garde, de la CGT Fnic, de la LJR et d’autres organisations — sa présence n’ayant manifestement posé aucun problème alors que ses positions pro régime iranien étaient déjà largement connues.

Drapeaux pro-régime iranien dans des cortèges « de gauche »

Lors des manifestations du 14 mars 2026, au delà du cortège pro-régime iranien mené par Hazamy, on a également pu voir des drapeaux de la République Islamique d’Iran (voire même des affiches à la gloire de Khamenei !) au milieu de cortèges « de gauche », aussi bien à Paris qu’à Bordeaux ou Lille.

La présence d’organisations ou personnalités « de gauche » (telles que la Jeunesse Communiste du Nord (JC, scission indépendante des MJCF), du secrétaire général de la CGT du Nord, Jean-Paul Delescaut, de la Ligue de la Jeunesse Révolutionnaire (LJR), de l’Union pour la Renaissance Communiste (URC) ou encore de la Fédération des Syndicats Étudiants (FSE) ) aux côtés de ces étendards confirme que nous sommes face à une confusion politique clairement assumée par certaines organisations.

Le campisme : anti-impérialisme des imbéciles

Cette présence de militants pro-régime iranien dans nos espaces ne sort pas de nulle part. Elle est l’aboutissement d’un processus de confusion politique auquel participent activement de nombreuses organisations se réclamant de l’anti-impérialisme. Sous couvert de s’opposer à l’hégémonie occidentale, ces structures ont progressivement banalisé — voire légitimé — des régimes autoritaires et répressifs, pourvu qu’ils se posent en adversaires de l' »Occident » et/ou du « Sionisme ».

La logique qui produit ces dérives a un nom : le campisme. Il s’agit d’une vision du monde qui divise la planète en deux camps — l’Occident impérialiste d’un côté, les forces de la « résistance » de l’autre — et qui exige qu’on choisisse son camp. Dans ce cadre, tout régime, toute organisation, toute force militaire qui s’oppose aux États-Unis et à Israël devient automatiquement progressiste, indépendamment de ce qu’elle fait à son propre peuple. C’est en quelque sorte la traduction idéologique du proverbe « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ».

Nos camarades d’Anarchist Front en Iran — qui risquent leur vie pour écrire et diffuser leurs analyses — le disent clairement ici : les soulèvements populaires actuels en Iran soulignent à quel point la défiance de l’Iran envers l’impérialisme états-unien s’est transformée en un outil de répression interne, où l’anti-impérialisme devient un impérialisme des imbéciles qui justifie la corruption et les inégalités. Ces soulèvements risquent d’être récupérés par des puissances concurrentes — Russie, Chine, États-Unis —, ce qui impose d’autant plus une solidarité internationaliste claire avec le peuple iranien, contre son régime et contre les ingérences extérieures.

La République islamique ne mérite pas une once de notre solidarité. Elle réprime les femmes qui refusent le voile obligatoire, elle exécute les syndicalistes, elle torture les opposant·es, elle persécute les minorités. Elle finance et arme des milices qui sèment la terreur de Gaza à Beyrouth en passant par Sanaa. Elle est, pour le peuple iranien, ce que tous les régimes autoritaires sont pour les peuples qu’ils oppressent : une puissance tyrannique, répressive, patriarcale, raciste.

Soutenir le peuple iranien face au déferlement de bombes états-uniennes et israëliennes, ayant déjà tué plus de 1 205 civils dont 194 enfants et détruit école (Minab, 28 février), hôpital (Ispahan, 12 mars), infrastructure vitale ( installation de dessalement sur l’île de Qeshm, 3 mars), n’implique en rien de soutenir la République islamique d’Iran qui en ce moment même continue sa répression meurtrière envers le peuple iranien (à l’heure où on écrit cet article, Saleh Mohammadi, Mehdi Ghasemi et Saeed Davoudi viennent d’être exécutés pour avoir participé aux manifestations de janvier 2026 (source)). 

Instrumentaliser la solidarité avec le peuple palestinien et/ou iranien pour légitimer le Hamas et/ou le régime des mollahs constitue une trahison à la fois envers les Palestinien·nes et envers les Iranien·nes.

3 exemples concrets, et non exhaustifs, de complaisances inacceptables : la LJR, Samidoun et Urgence Palestine

La LJR ou comment soutenir explicitement la République islamique d’Iran, le Hamas, le Hezbollah et les Houtis

Voici quelques extraits de déclarations de la LJR, dont le porte parole posait fièrement devant les drapeaux de la République Islamique d’Iran le 1er mars 2026 à Paris :

« Nous soutenons tout les mouvements qui luttent, y compris les Islamistes du Hamas, que les Masses ont choisi pour leur combativité face à la colonisation. C’est un des phares de la libération nationale. »
LJR – 14/11/2022 – sourcearchive

« Les glorieux combattants des brigades d’al-Qassam, des brigades al-Quods, des brigades du martyr Abou Ali Mustafa, et tous les autres combattants des brigades de Cisjordanie au Hezbollah Libanais leur ont infligé une leçon amère. »
LJR – 16/01/2025 – source archive

« Je vais commencer par saluer l’invincible et la glorieuse résistance palestinienne. Toutes les factions dont à leur tête les brigades Al-Qassam [branche armée du Hamas – NDLR], les milices irakiennes, les frères du Hezbollah libanais, et le grand et fier Yémen et les milices houtis. Quel révolutionnaire n’a pas pleuré de joie le 7 octobre ? »
Prise de parole de la LJR – camion d’Urgence Palestine – 8 février 2025 – Paris (Manifestation pour la libération de G.I. Abdallah)
source

Samidoun : de la solidarité avec les prisonniers à l’allégeance institutionnelle

Au delà du soutien mené aux prisionniers politiques palestiniens (raison d’être du collectif), Samidoun développe des liens institutionnels importants avec le régime iranien. Quelques exemples :

  • En août 2024, la coordinatrice internationale de Samidoun se rendait à Téhéran pour y recevoir un prix décerné par le régime iranien (sourcearchive).
  • En juin 2025, Mohammed Khatib, coordinateur européen de Samidoun, conduisait une délégation officielle à l’ambassade d’Iran de Bruxelles — aux côtés de Bruxelles Panthères, Masar Badil, Tayyar et Charleroi-Palestine — pour y transmettre à l’ambassadeur « les salutations et félicitations de la délégation à la République islamique d’Iran pour sa détermination et ses victoires ». (sourcearchive)
  • Le 28 février 2026, Samidoun a appelé explicitement à « prendre dès maintenant fait et cause pour la République islamique de l’Iran » (sourcearchive).
  • Le 13 mars 2026 — la veille des manifestations où des drapeaux de la République islamique seraient brandis dans nos rues — Samidoun publiait un hommage dithyrambique à Khamenei, mort quelques jours plus tôt, le décrivant comme un « martyr » ayant consacré sa vie « à l’érudition, au leadership, au service et à la foi profonde en Dieu » (sourcearchive). L’hommage omettait soigneusement le bilan du « guide suprême » : quarante-cinq ans de dictature, des dizaines de milliers de morts, la persécution systématique des opposant·es, des femmes, des minorités.
  • Le 18 mars 2026, la coordinatrice internationale de Samidoun, Charlotte Kates, donnait une interview sur la chaîne Khamenei.ir pour déclarer :

« Le martyr Sayyed Ali Khamenei a toujours eu une clarté de vision et une clarté de compréhension, ainsi qu’une concentration sur le véritable cœur de la question en Palestine, et un réel engagement envers la justice. » Charlotte Kates, 18/03/2026 (sourcearchive)

Rappelons que malgré ces prises de position assumées (loin d’être nouvelles), Samidoun est régulièrement présent dans les initiatives du mouvement de solidarité avec la Palestine en France. 

Entre janvier 2024 et mars 2026, on peut ainsi dénombrer plus de 30 événements (locaux ou nationaux) auxquels cette organisation ouvertement pro-régime iranien a pu participer, aux côtés d’organisations de gauche radicale/antifascistes/syndicalistes/… : Urgence Palestine, AFA Paris-Banlieue, CUpLGIA, NPA, CGT (Énergie, FNIC, Paris 18e), Révolution Permanente, LJR, FSE, Jeunes Révolutionnaires, Jeune Garde Paris, Solidaires (national et 91), CAPJPO-Europalestine, UJFP, Tsedek!, FUIQP, PIR, La Cause du Peuple, Secours Rouge, UCL, Young Struggle, SAMBA, CNT-RP, CNT-SO, LDH, Attac, BDS, FSU, MIRA, La Horde, Assemblée féministe Paris-Banlieue, Bruxelles Panthères, Tsedek!, Extinction Rebellion Toulouse, ISM France, Legal Team Antiraciste, …

Jusqu’à quand des organisations internationalistes, féministes, antifascistes vont-elles continuer à partager des espaces avec une structure qui entretient des liens institutionnels avec le régime des mollahs ?

Le cas Urgence Palestine : le 11 mars, un glissement symptomatique

Si les prises de position inacceptables d’Urgence Palestinenégation des viols et des crimes contre l’humanité commis le 07/10/2023 pudiquement nommés “actes de guerre », soutien aux factions islamistes réactionnaires, rhétorique complotiste et antisémite, compagnonnage avec des antisémites notoires comme Michel Collon,… — ont déjà été documentées par des camarades ici (Le soutien au peuple palestinien ne doit tolérer ni l’antisémitisme ni les idées réactionnaires – fév 2024) et ici (Urgence Palestine, ni dissolution, ni confusion – mai 2025), la séquence du mois de mars 2026 mérite un arrêt particulier.

Le 11 mars 2026, trois jours avant les manifestations où apparaîtront nombre de drapeaux de la république islamique d’Iran, Urgence Palestine publiait sur Instagram un communiqué sans équivoque. On pouvait y lire :

« Quelles que soient les critiques à l’endroit de la République Islamique d’Iran ou du Hezbollah, nous leur devons soutien et solidarité lorsqu’ils résistent à l’agression sioniste et impérialiste. »

Le même texte qualifiait la réponse de « la République Islamique d’Iran et du Hezbollah face à cette agression » de « légitime défense », concluant : « Notre soutien à la résistance anticoloniale et anti-impérialiste est total».

Ce communiqué a suscité un tollé immédiat, en particulier de la part de camarades iranien·nes. Sous le post, plusieurs commentaires exprimaient une indignation que nous partageons pleinement. Deux d’entre eux résument parfaitement l’enjeu :

«  « Quelles que soient les critiques à l’égard de la République islamique d’Iran, nous leur devons soutien et solidarité… » dit votre communiqué.

Personnellement, et comme de nombreux·ses ami·es du peuple iranien, ce ne sont pas des critiques que l’on a à l’endroit de la RII, ce sont des condamnations et des cris de rage. Cette République islamique d’Iran [comme le régime du chah avant elle] a le sang de dizaines de milliers d’opposant·es sur les mains. […] Des milliers de morts dans certains cas, des dizaines de milliers dans d’autres. Je parle aussi des exécutions des opposant·es (plus de 1000 en 2025), à propos desquelles Amnesty rappelle que le recours à la peine de mort en Iran est un « instrument de répression étatique et pour écraser la dissidence ».

Est-ce que l’on peut, en tant que personne qui défend les droits des Palestinien·nes et qui salue la clairvoyance et le travail d’organisations comme Amnesty sur la Palestine, refuser de voir le travail de ces mêmes organisations sur la répression en Iran ?

Ne pratiquez pas, s’il vous plaît, le double standard qui consisterait à réclamer l’autodétermination pour les Palestiniens et à la refuser aux Iraniens qui sont sous la botte d’un régime criminel. […]

Donc, arrêtez de soutenir cette République islamique. Ni chah, ni mollahs, ni Trump, ni Netanyahou ! Soutien au peuple iranien. »

(source)


« L’autodétermination des peuples n’est pas un principe à géométrie variable. Seule la rue souveraine doit décider de son destin. Et le peuple iranien lutte depuis des dizaines d’années contre le régime tyrannique des mollahs. Des milliers de mort-es, de personnes enfermées, torturées et des familles endeuillées à cause des exactions de la république islamique d’Iran. Par ce post, Urgence Palestine assume publiquement leur devoir de soutien et solidarité auprès d’un pouvoir qui a du sang sur les mains. Vraiment honte à vous. Vous refusez d’écouter les voix des iraniennes et des iraniens. La centralité palestinienne ne peut pas exclure de fait la voix des autres peuples qui luttent pour leur liberté, vous faites tellement de mal aux combats internationalistes et la lutte anti-impérialiste. Vous participez à la confiscation de nos voix, engagées pour l’Iran et pour la Palestine. Vous faites partie du problème, et ça ne date pas d’hier. À bas la république islamique d’Iran ET les attaques impérialistes et colonialistes d’israël et des états-unis. Gloire aux peuples qui luttent partout dans ce monde et basta. »

(source)

Face aux réactions, Urgence Palestine a supprimé ce premier communiqué et en a publié une version expurgée le 16 mars, dans laquelle « la République Islamique d’Iran » avait été remplacée par « l’Iran » — effaçant la désignation institutionnelle du régime pour ne garder que le nom du pays, rendant ainsi le soutien politiquement plus présentable, sans en modifier le fond.

Cette réécriture cosmétique s’inscrit dans la continuité des positions d’Urgence Palestine qui, sans soutenir explicitement le Hamas, en reprend néanmoins la rhétorique : appel à soutenir toutes les factions de la résistance palestinienne (08/06/2024), appel à « continuer à être ce déluge d’Al-Aqsa » (03/11/2024) , hommage à Ismaïl Haniyeh (01/08/2024), absence de soutien aux manifestants gazaouis liquidés par le Hamas, négation des viols et crimes contre l’humanité commis le 07/10/2023 (01/03/2024) … (Pour plus d’éléments sur Urgence Palestine, se reporter à Urgence Palestine – Ni dissolution, ni confusion, Asap, mai 2025)

Ce que la République islamique fait au peuple iranien

Rappelons quelques faits que la logique campiste s’emploie méthodiquement à ignorer. Depuis le 28 décembre 2025, le peuple iranien se soulève à nouveau contre la République islamique. Ce soulèvement fait suite à des décennies de répression politique, sociale et culturelle et est lié à une misère économique croissante — effondrement du rial, corruption institutionnalisée, subventions accordées aux milices étrangères (Hezbollah, Houthis, milices irakiennes) au détriment des besoins fondamentaux de la population. La réponse du régime, qui s’appuie sur la force brute du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et du Basij, a suivi le schéma désormais bien connu : arrestations massives, tortures, viols, exécutions.

Amnesty International recensait en 2025 plus de 1000 exécutions en Iran, qualifiant le recours à la peine de mort d’« instrument de répression étatique et pour écraser la dissidence ». Des milliers d’arrestations ont eu lieu lors des manifestations de janvier 2026 seules. Le régime a délibérément coupé internet pour opérer à huis clos. Ce n’est pas nouveau : on fait état de répressions sanglantes en 2022, 2019, 2017, 2009, 1999, 1988, 1981 — des milliers de morts dans certains cas, des dizaines de milliers dans d’autres. Des minorités — Kurdes, Baloutches, Azéris, Arabes — subissent une persécution systématique. Les femmes, depuis le retour au pouvoir du régime, sont soumises à une ségrégation d’État dont les modalités évoluent mais dont le fond demeure inchangé : contrôle du corps, de l’espace public, de la vie sociale.

Le viol comme outil de répression et de terreur systématique

Les viols en prison existent depuis les débuts de la République islamique : dans les années 1980, les jeunes femmes arrêtées pour des délits politiques étaient violées avant leur exécution, leurs bourreaux estimant qu’une femme vierge irait au paradis.( source : France 24) Interpellé en 1986 sur cette pratique, le guide suprême Khomeini avait répondu : « Oui ! De tels viols sont essentiels. » (source NPA-R)

Cette logique n’a pas disparu. Amnesty International a recensé dans un rapport de décembre 2023 une quarantaine de cas de viols et violences sexuelles documentés sur des détenu·es arrêté·es lors du soulèvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022 — parmi lesquels 26 hommes et sept mineurs, dont un enfant de 12 ans. France 24 Les viols et violences sexuelles ont eu lieu dans des centres de détention officiels, des fourgons de police, ainsi que dans des écoles et des immeubles résidentiels illégalement utilisés comme lieux de détention. Amnesty International Un document officiel ayant fuité, signé par le procureur adjoint de Téhéran, révèle que les autorités ont délibérément étouffé les plaintes pour viol déposées par deux jeunes femmes contre des agents des Gardiens de la révolution, le procureur conseillant de qualifier l’affaire de « totalement secrète » et de « clore progressivement » le dossier. Amnesty International

Lors de la répression de janvier 2026, Amnesty International a de nouveau documenté des viols et violences sexuelles parmi les actes de torture infligés aux détenu·es — passages à tabac, décharges électriques, simulacres d’exécution Amnesty International — confirmant que ces pratiques constituent non pas des dérapages individuels, mais une méthode systématique de terreur d’État.

Face à tout cela, brandir le drapeau de la République islamique d’Iran dans une manifestation antiraciste, ou appeler à soutenir ce régime, c’est cracher au visage des Iraniennes et Iraniens qui, depuis des décennies, luttent pour leur liberté sous ce joug. C’est confisquer leur voix au nom d’un anti-impérialisme qui a oublié ce principe fondamental : l’autodétermination des peuples n’est pas un principe à géométrie variable.

Ni Shah ni Mollah !

L’émancipation du peuple iranien ne viendra pas d’un changement de régime imposé de l’extérieur — ni par Washington, ni par Tel Aviv, ni par Moscou — mais de la lutte des Iraniennes et Iraniens elles-mêmes et eux-mêmes. Nous nous tenons sans réserve aux côtés du mouvement populaire iranien, de ses féministes, de ses syndicalistes, de ses militant·es anarchistes et communistes libertaires, de ses jeunes qui scandent « Jin, Jiyan, Azadî » — Femme, Vie, Liberté.

La solidarité internationaliste est indivisible. Elle ne peut pas soutenir les Palestinien·nes tout en tournant le dos aux Iraniennes massacrées pour avoir retiré leur voile. Elle ne peut pas se réclamer de l’antiracisme tout en laissant des drapeaux d’un régime bourreau de son propre peuple flotter dans nos cortèges.

Nous appelons donc toutes les organisations antiracistes, internationalistes, féministes et antifascistes à nommer cette confusion, à la refuser, et à cesser de partager des espaces avec celles et ceux qui portent les étendards de la répression, du sexisme, du racisme, de l’antisémitisme et du fascisme. Il s’agit d’une question de cohérence politique élémentaire.

Antisémites, racistes, complotistes, campistes, sexistes, LGBTQ+phobes, confusionnistes : hors de nos luttes.

No Pasaran  |  Mars 2026