Racistes, Antisémites, Confusionnistes : hors de nos luttes !
Racisme, islamophobie, antisémitisme, liens avec les néonazis, … bienvenue chez RECONQUÊTE
Un nom qui en dit long
Tout d’abord, le nom lui-même. « Reconquête » renvoie à la Reconquista espagnole — expulsion des juifs, Inquisition, conversions forcées. Dans un entretien donné à Streetpress, le chercheur Nicolas Lebourg rappelle que les fondateurs du Bloc identitaire avaient un groupe de rock nommé Reconquista, auteur de « Islam hors d’Europe ».
Extrait entretien N. Lebourg – Streetpress – 03/01/2022 lien
Un programme reposant sur le mythe raciste et antisémite du « Grand Remplacement »
Ensuite, Le programme central du parti repose sur la théorie raciste, suprémaciste et antisémite du « Grand Remplacement » de Renaud Camus.
Illustration sur le site « Kontre Kulture », éditions d’Alain Soral / Égalité & Réconciliation
« Le grand remplacement est une théorie qui établit l’existence d’un plan ayant pour objectif de favoriser l’immigration en France et en Europe afin de transformer la démographie et la culture occidentale. Cette théorie complotiste est ancienne. Louis de Bonald, philosophe antisémite et conseiller de Napoléon, s’inquiétait déjà d’un grand remplacement des Français par les Juifs au début du xixe siècle. Cette théorie est réactualisée par l’écrivain Renaud Camus et constitue le fer de lance du programme du parti Reconquête d’Éric Zemmour, mais est reprise également au RN et par certaines personnalités de droite. Dans un livre publié en 2000, Camus dénonce la surreprésentation de la « race juive » dans les médias : « Je ne trouve pas convenable qu’une discussion préparée, annoncée, officielle en somme, à propos de “l’intégration” dans notre pays, sur une radio de service public, au cours d’une émission de caractère général, se déroule presque exclusivement entre journalistes et intellectuels juifs ou d’origine juive. » Il perçoit cette présence juive comme une menace pour « cette vieille culture et […] cette civilisation française de souche qui sont les miennes… et que je regrette de n’entendre presque plus ».
Mais c’est en 2010, avec L’abécédaire de l’innocence qu’il affirme l’existence d’un complot visant à remplacer la population autochtone en France, en Europe, et plus largement en occident par des populations originaires de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb. Selon Camus, ce complot serait l’œuvre d’une élite politique, intellectuelle et médiatique qualifiée de « remplaciste ». 110 Renaud Camus, La campagne de France : journal 1994, Fayard, 1994, citation de Claire Devarieux, « La campagne de France retirée des librairies », Libération, 21 avril 2000 Le dessin ci-contre est diffusé par Égalité et Réconciliation lorsque le Qatar rachète le club de football Paris-Saint-Germain. Un Juif caricaturé chevauche un homme qatari reconnu par le logo du PSG détourné sur sa poitrine. Le Juif a le teint blafard, un châle marqué « sionisme » et tient dans une main le monde symbolisé par une coupe de football en or, de l’autre main contrôle le Qatari par une longe équestre. Ce dernier tient d’une main un grand sac rempli de dollars et de l’autre le « coran talmudisé ». Son pied s’appuie sur l’Europe représentée sur le ballon de football. Ce dessin-allégorie du grand remplacement dénonce le complot juif de manipulation des musulmans pour contrôler l’Europe. »
C’est cette théorie du « Grand Remplacement » qui a directement inspiré les attentats de Christchurch (51 morts), El Paso (23 morts), Breivik (76 morts). À ce sujet, voir cet article de Slate.
La théorie du Grand Remplacement a été largement et fièrement reprise par Sarah Knafo à de multiples reprises.
À noter également la forte proximité encore vivace entre Sarah Knafo et son ancienne organisation, l’UNI, où pullulent racisme et antisémitisme décomplexé. (Blast, Mars 2026)
Multiples condamnations de Zemmour pour racisme, provocation à la haine, contestation de crime contre l’humanité, …
S’il est tout à fait possible d’être raciste et antisémite sans jamais être condamné par la justice, le fondateur de Reconquête, Zemmour, lui, l’a été — six fois, pour :
racisme
provocation à la haine
injure raciste
contestation de crime contre l’humanité
Condamnation 1 : « la plupart des trafiquants sont noirs et arabes »
Sur Canal+, le 6 mars 2010, Zemmour avait déclaré que les employeurs « ont le droit de refuser des Arabes ou des Noirs ». Sur France Ô : « la plupart des trafiquants sont noirs et arabes ». => Condamné pour Provocation à la discrimination raciale. 2 000 € d’amende. [Trib. correctionnel de Paris, 2011] (Le Monde)
Condamnation n°2 : les musulmans devraient choisir « entre l’islam et la France »
Sur France 5 (2016), Zemmour avait déclaré que les musulmans doivent choisir « entre l’islam et la France » et que le voile était l’avatar du « jihad pour islamiser un territoire ». => Condamnation pour provocation à la haine religieuse (définitive 2019, confirmée CEDH 2022). 3 000 € d’amende. (Libération)
Condamnation n°3 : sur les mineurs isolés « Ils sont voleurs, assassins, violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer. »
Sur CNews, en 2020, Zemmour avait dit des mineurs isolés : « Ils sont voleurs, assassins, violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer. »
=> Condamnation à 10 000 € d’amende. CNews condamné à 200 000 € d’amende administrative. (condamnation définitive Cour de cassation, déc. 2025). (Arrêt sur Images)
Condamnation n°4 :
En plateau (2018), Zemmour s’adresse à Hapsatou Sy : « C’est votre prénom qui est une insulte à la France. » => Condamnation pour injure raciste. 4 000 € d’amende + 3 000 € de dommages et intérêts. (Le Monde)
Condamnation n°5 : « Pétain a sauvé les juifs français »
Sur CNews (2019), Zemmour soutient que Pétain « a sauvé les juifs français ».
=> Condamnation pour contestation de crime contre l’humanité. 10 000 € d’amende. (Le Monde)
« Zemmour remet en question l’innocence du capitaine Dreyfus. Il « peste contre les Rothschild et leur outil de « diplomatie parallèle » que serait l’Alliance israélite universelle, « frayant avec des États étrangers¹⁰¹ ». Il fustige le « judaïsme ultra-orthodoxe qui s’enferma dans le ghetto pour ne pas se dissoudre dans les méandres de l’assimilation », lorsque les Juifs se protégeaient des persécutions et des pogroms. Il dénonce les Ashkénazes impliqués dans des « trafics en tous genres, fortunes rapides et ostentatoires, affaire Stavisky ». Il fait l’apologie du général Bugeaud et ses massacres de musulmans et de « certains juifs¹⁰² » en Algérie. Pour Zemmour, « un juif demeure un étranger qui doit sans cesse démontrer son attachement à la France¹⁰³ ». Il insulte la famille Sandler victime de la tuerie à l’école Ozar Hatorah de Toulouse. Il considère qu’ils sont des « étrangers avant tout et voulant le rester par-delà la mort », ces derniers ayant choisi d’enterrer les dépouilles du père et des enfants assassinés en Israël et non en France. Il prétend que les Sandler seraient venu·es en France uniquement pour faire de l’argent¹⁰⁴. Il active la suspicion de double loyauté en affirmant : « Je ne suis pas sioniste. Moi, je suis membre du peuple français¹⁰⁵. » Il accuse le « lobby juif » d’utiliser « la Shoah d’hier pour affermir son pouvoir d’aujourd’hui¹⁰⁶ ».
S’il met un point d’honneur à expliquer que Pétain aurait sauvé les Juifs et les Juives françaises, au détriment des étranger·es, c’est notamment parce qu’il considère la lutte contre l’immigration comme une nécessité, hier comme aujourd’hui. Par ailleurs, Zemmour a besoin de réhabiliter Philippe Pétain pour son programme d’union des droites. La vision de l’Histoire du falsificateur repose sur l’idée que de Gaulle et Pétain n’étaient pas opposés, et que, comme hier, droites et extrême droite devraient s’unir pour triompher.
Zemmour recrute ses colistiers parmi toutes celles et ceux qui sont trop ouvertement antisémite pour rester au RN. C’est le cas de Damien Rieu, militant du groupe Génération identitaire, adepte de saluts nazis et de croix gammées, qu’on retrouve dans les meetings d’Éric Zemmour, ou encore de Philippe Vardon, de l’Institut Iliade et Riposte laïque. On retrouve également dans ses soutiens de campagne électorale, Bruno Hirout, secrétaire général du Parti de la France, qui posait en 2014 devant un barbecue et une bonbonne de gaz étiqueté « Zyklon B¹⁰⁷ », les Zouaves, formation dissoute puis intégrée au GUD, affirmant en juin 2023 que « les sionistes détestent viscéralement la civilisation chrétienne », des cadres de Génération identitaires, anciens du RN et d’autres encore. On retrouve un stand de la librairie Arts enracinés, librairie antisémite et négationniste lors de la Fête des moissons organisée par Reconquête! en juillet 2023¹⁰⁸. Éric Zemmour participe à l’anniversaire des 94 ans de Jean-Marie Le Pen en juin 2022.
[…]
« À gauche comme à droite, le fait que Zemmour soit juif semble constituer une gêne pour qualifier son antisémitisme »
J. Pardo, S. Delor, Petit manuel de lutte contre l’antisémitisme.
L’histoire française compte pourtant plusieurs exemples de Juifs qui activent et diffusent l’antisémitisme. Edmond Bloch est militant de l’Union patriotique des Français israélites dans les années 1930. Le slogan de l’association est « Français d’abord ». Partisan des Croix-de-Feu, ami de l’Action Française, il est tout de même déporté du fait de son identité juive. Survivant du camp de Drancy et du camp de travail de la gare d’Austerlitz, il défend Xavier Vallat lors de son procès après la Libération. Bloch, comme Zemmour, est un militant d’extrême droite qui se trouve être Juif. L’identité religieuse culturelle ou nationale ne détermine pas l’idéologie politique. En adhérant à l’extrême droite et ses idées, c’est nécessairement une vision du monde antisémite qui s’installe dans le logiciel du militant. Le fait qu’Éric Zemmour soit d’origine juive ne l’immunise en rien contre l’antisémitisme dont il est l’un des promoteurs aujourd’hui.
Notes :
Eric Zemmour, « Et le CRIF tua Napoléon », Le suicide français, Albin Michel, 2014, p. 257-265 cité par Jean-Yves Camus, « L’antisémitisme, Eric Zemmour et le parti Reconquête! », Histoire politique de l’antisémitisme, Robert Laffont, 2024, p. 97.
« Éric Zemmour s’explique sur la polémique Bugeaud », Valeurs Actuelles, 25/10/2019, [en ligne] consulté le 13/03/2024.
Baptiste Roger-Lacan, « Les illusions confuses d’Eric Zemmour », Le Grand Continent, 01/10/2021, [en ligne] consulté le 14/5/2024.
Sylvain Duchampt, « Polémique, Eric Zemmour fait machine arrière au sujet de ses propos sur les victimes de Mohammed Merah », Franceinfo, 15/11/2021, [en ligne] consulté le 13/03/2024.
Marc Knobel, « Eric Zemmour, les Juifs et Israël », La règle du jeu, 14/12/2021, [en ligne] consulté le 14/5/2024.
Eric Zemmour, Le suicide Français, Albin Michel, 2014, p. 452.
Boris Marchal, « Photo nauséabonde d’un nationaliste », in Ouest-France, 08/5/2014, [en ligne] consulté le 14/5/2024.
Pierre Plottu et Maxime Macé, « Le parti de Zemmour accueille une librairie antisémite à sa Fête des moissons », Libération, 09/7/2024 [en ligne] consulté le 14/05/2024.
Lénaïg Bredoux et Fabien Escalona, « Antisémitisme : les fautes de Jean-Luc Mélenchon », Mediapart, 10/11/2023, [en ligne] consulté le 13/03/2024.
Zemmour ou la réactivation sécularisée et nationaliste de l’antijudaïsme chrétien traditionnel
Plus récemment, son dernier livre, La messe n’est pas dite (Fayyard, 2025), est analysé par l’historien Gabriel Abensour (Revue K., nov. 2025) comme une réactivation sécularisée et nationaliste de l’antijudaïsme chrétien traditionnel.
Zemmour y réhabilite les penseurs de l’Action française — frappés d’anathème après la Shoah — en se servant de sa propre judéité comme bouclier.
« Zemmour sait que seul un « juif métèque », pour paraphraser sa propre citation de Maurras, pouvait rouvrir le panthéon maudit de l’Action française et de ses penseurs« G. Abensour
Dans « La messe n’est pas dite », il reprend clairement les tropes antijuifs théologiques classiques : le juif « aveugle » refusant la lumière de l’Église, le juif « trop attaché à la lettre ».
Il accuse l’intelligentsia juive de gauche et le CRIF d’avoir « utilisé la mémoire de la Shoah pour culpabiliser l’Occident, affaiblir la nation ». Version d’extrême droite du trope du « juif ennemi intérieur ». Les juifs deviendraient implicitement des « francocides »
Il loue les croisades d’Urbain II, qui massacrèrent des milliers de juifs dans les communautés rhénanes. Il assume la filiation avec la Reconquista, qui se conclut par l’expulsion des juifs d’Espagne, les conversions forcées, l’Inquisition.
Aux juifs et musulmans « entêtés » refusant son « néo-baptême identitaire », assimilation à « la France éternelle et catholique », il réserve la remigration, il le dit explicitement sur le plateau de Frontières.
Bref, ce livre de Zemmour mêle allègrement islamophobie, racisme et antijudaïsme structurel. Qu’il ait été écrit par un juif n’y change rien.